Le soleil est mort ce soir

le soleil est mort ce soir

Décrivez la couleur du ciel
le jour où la mort l’a emportée.
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Elle s’est levée à l’aube, auréolée par les premières touches de lumière dans le ciel. La symbiose est si parfaite que j’en viens à me demander qui d’elle ou du soleil accompagne les mouvements de l’autre. Ils s’éveillent en même temps, sortent des sombres limbes de la nuit pour savourer un jour nouveau. La tapisserie noire déroulée derrière un lit d’étoiles se déchire lentement par endroits, et de petites fleurs d’un rose timide se faufilent dans les failles pour mieux s’épanouir en des bouquets de plus en plus imposants. Défraîchie par les rayons naissants de l’astre solaire, la toile de fond perd de son intensité et se mue en un bleu insondable. Les nuances s’éclaircissent de minute en minute comme pour célébrer la vie et mettre en branle les rouages du quotidien après une douce nuit de torpeur. Un autre jour sur Terre, banal et savoureux à la fois. Lire la suite

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Je suis Bohème

boheme

Je suis Bohème. Je chante la vie et fais danser les cœurs.

Tout est musique, lumières, séduction, distraction. Mes pieds légers entament un étrange ballet, effleurant à peine l’herbe de la clairière où nous nous sommes installés pour quelques jours ou semaines. Notre séjour dépend entièrement du bon vouloir de l’audience que nous y trouverons. Je virevolte, tourbillonne, les cheveux au vent et le sourire facile. J’ignore les regards vindicatifs des épouses jalouses, les commentaires salaces de leurs hommes. Tout n’est que mélodies à mes oreilles. Bouquets de fleurs improvisés, vêtements aux couleurs composées, jeux espiègles avec les chauds rayons du soleil ou la douce et mystérieuse lueur de la lune.

J’ai moi aussi un cœur qui bat, des aspirations, des désirs, des besoins. Mais je suis là pour le spectacle avant tout, et c’est ce que je fais de mieux. J’oublie un instant les aléas de la vie pour mieux exprimer la grâce et la volupté. Je fais onduler mon corps, gonfle mes jupes, dessine des arabesques avec mes mains, mes bras, enroule mes jambes autour d’un jeune arbre, d’un pilier, d’un lampadaire, pour mieux me déhancher. Tout est prétexte à de nouveaux mouvements, chaque note vient résonner dans ma poitrine comme un second cœur qui bat. J’esquisse, improvise, laisse parler mon corps à défaut de mon âme. Je ne suis que de passage, l’attachement est vain, futile. Je suis les chemins où déambulent les caravanes, je suis les nuits à la belle étoile. Je vois à chaque saison défiler grandes capitales et petits villages, plaines et montagnes, rivières asséchées et torrents furieux, famines et opulences.

Je côtoie la misère et le luxe les plus grands. Je vis dans l’antagonisme, nuance ma voix sur les oxymores d’une octave à l’autre. On m’admire et me méprise à la fois, mais je n’ai guère besoin de jugements pour avancer. Je suis nomade et j’en suis fière. Seuls la Nature et mes compagnons de route m’importent. Ils sont ma vie et les rôles se retrouvent inversés : ils constituent mes points de repère sédentaires, les autres ne sont qu’ombres fugaces. Le temps semble parfois s’arrêter. Je les regarde au milieu d’un pas de danse, j’ai l’impression de voir un essaim d’abeilles. Les villageois s’affairent dans la ruche, bourdonnent à tous les coins de rue, agressent l’étranger, jugent la différence pour préserver leur unité, leur cohésion sociale.

Nous sommes autres. Nous prônons l’individu, exprimons la liberté. Nous sommes comme nous l’avons choisi, pas comme on nous a formatés. Nous exposons nos âmes, nos personnalités, nos croyances sans la moindre gêne, sans la moindre honte. Au gré du vent, aux quatre coins du globe. Nous sommes des artistes éphémères, nous vendons une toile par ci, un croquis par là, pour pouvoir vivre de notre Art et ainsi poursuivre notre route.

Je suis Bohème. Je chante mon cœur et fais danser ma vie.

Une Lumière dans la Nuit

Les défis relèvent avant tout de l’écriture ludique… même si j’essaie bien entendu de les soigner au mieux. Ce ne sont pas de grandes œuvres d’Art, mais j’aime garder une trace de ce que je scribouille. Pour celui-ci, la contrainte était la suivante : les participants ont tous dû donner un mot commençant par la lettre O et un autre par la lettre P. J’ai fait ressortir le vocabulaire imposé en changeant de couleur de police.


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Lighthouse Night © Pitposum

Cette légende urbaine prend vie au cœur d’une nuit d’octobre. Une nuit noire et sans lune, dont les ténèbres grandissantes n’étaient percées que par les éclairs d’un violent orage. Ce dernier semblait vouloir abattre toute sa colère sur un phare dont les murs vibraient sous l’impact de chaque coup de tonnerre. On raconte que le bâtiment était géré par un drôle d’olibrius, persuadé qu’il constituait une sorte de portail entre notre monde et le panthéon des dieux. Il en avait d’ailleurs aménagé la salle principale à la façon des octastyles, dont il avait imité la structure en installant huit gros bouquets de papyrus dans des recoins stratégiques. Il parlait sans arrêt de ses grands projets et relatait d’étranges prophéties déclinées en pantouns, qui laissaient pantois tous les gamins du quartier. Il aimait y ajouter une touche théâtrale en entonnant l’Ode à la Joie entre deux vers, glissant avec ses patins sur le vieux parquet comme un cygne à la surface d’un lac.

Un beau jour, avide de prouver à tous que ses théories étaient on ne peut plus justes, il grimpa sur le toit d’un omnibus abandonné au pied du phare depuis des temps immémoriaux, et s’autoproclama fier partisan de la conquête du royaume des cieux. Et c’est un peu ce qu’il fit cette nuit-là… Entre son grand âge, l’effort dû à cette escalade improvisée et la surexcitation dont il faisait à nouveau preuve, il oublia de ménager son vieux cœur fatigué et aucune opération ni aucune pile de pacemaker ne put le ranimer. Les enfants qui avaient l’habitude de le chahuter disent maintenant qu’il a rejoint ces étoiles qu’il chérissait tant, et que les soirs d’orage, on peut parfois apercevoir son fantôme jouant dans le faisceau lumineux du phare. Comme pour servir de guide aux âmes égarées et ainsi les mener vers un repos éternel bien mérité après une vie sur terre rondement menée.

You may say I’m a dreamer

Les défis relèvent avant tout de l’écriture ludique… même si j’essaie bien entendu de les soigner au mieux. Ce ne sont pas de grandes œuvres d’Art, mais j’aime garder une trace de ce que je scribouille. Pour celui-ci, la contrainte était la suivante : les participants ont tous dû donner un mot commençant par la lettre I et un autre par la lettre J. J’ai fait ressortir le vocabulaire imposé en changeant de couleur de police.


iguaneIl était une fois un petit iguane qui aimait s’imaginer une nouvelle vie. Il prétendait être né de l’idylle entre une jument et un impala, et avoir connu tout au long de son enfance la joie de voir le jour se lever entre deux hautes branches de baobab. Comme il n’aimait pas faire les choses à moitié, il choisissait immanquablement le grand arbre séculaire, roi ancestral de la jungle dans laquelle il avait grandi. Les idées étaient pour cet iguane comme des jouets déposés au pied d’un sapin la nuit de Noël. Il se faisait jongleur avec des mots pour seuls accessoires. Il aimait donner vie à un monde extraordinaire, peuplé d’inventions loufoques qu’il dépeignait à l’aide d’illustrations improbables. Il affirmait entre autres que des arcs-en-ciel naissaient au cœur des impatiences, si elles fleurissaient en plein mois de juin lors d’une éclipse subtropicale. Et plus son entourage pointait les incohérences de son discours, plus l’iguane  affabulait sur sa mère galopant au milieu d’un champ de jonquilles et sur son père défiant les lions au fin fond de la savane. Car il préférait rêver sa vie que vivre sa réalité.

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Les défis relèvent avant tout de l’écriture ludique… même si j’essaie bien entendu de les soigner au mieux. Ce ne sont pas de grandes œuvres d’Art, mais j’aime garder une trace de ce que je scribouille. Pour celui-ci, la contrainte était la suivante : les participants ont tous dû donner un mot commençant par la lettre G et un autre par la lettre H. J’ai fait ressortir le vocabulaire imposé en changeant de couleur de police.


G-HJ’aimerais souvent échanger le confort d’une habitation contre une simple goélette, voguer sur les flots pour mieux ôter ces guillemets enserrant ma vie. Vivre pleinement, avec plaisir et intensité, sans me soucier des lendemains. Savourer le quotidien avec gourmandise et épicer la routine avec un soupçon de gingembre. Devenir hirondelle et voler haut dans le ciel. Je me rirais des obstacles, que je contournerais d’un battement d’ailes. Je déjouerais les épreuves en slalomant à droite, à gauche, en un étrange ballet à mi-chemin entre arabesques et hiéroglyphes. Je m’inventerais une hélice, moi l’embarcation qui n’est pas supposée en comporter. Je serais moi et nulle autre, et je quitterai enfin cette maudite voie de garage qui m’emprisonne depuis trop longtemps, pour trouver la paix de l’âme et l’harmonie de l’esprit.

Quatre Moi pour un seul Je

4 éléments

Elemental Animals © Katie Hofgard

Ce petit texte avait été écrit pour un appel nous demandant de parler des 4 éléments en 500 mots maximum. Ça n’a vraiment pas été évident, et je n’en suis pas pleinement satisfaite, mais j’ai tout de même envie de vous le montrer.


Empreinte de poésie à travers le murmure chantonnant des flots sur les galets, l’Eau apaise. À son contact, je me fais plus légère, rêveuse et songeuse. Elle m’entraîne vers de nouveaux horizons en un rythme tantôt effréné, tantôt langoureux, me fait dériver vers de mystérieuses contrées encore inexplorées. Mon regard se perd dans ses nombreux méandres, mes doigts dans ses subtiles caresses. Elle glisse autour de moi comme le temps qui s’écoule. Libre, insaisissable, indomptable les soirs d’orage. Elle est comme l’être humain : changeante, imprévisible, innocente et sauvage à la fois.

Avide, emporté et brutal, le Feu dévore tout sur son passage, apportant pleurs et désolation, deuils, douleurs et destruction. Symbole de la passion, de l’amour fou, il est aussi cette petite étincelle au fond de mon regard, cette petite chose qui m’aide à aller de l’avant. Il est certes difficile de l’apprivoiser, mais avec de la patience et de la prudence, j’apprends à m’en approcher sans trop m’y brûler les ailes. Le Yin et le Yang. Tout repose sur l’équilibre, il ne faut jamais tomber dans l’excès. On lui prête les pires intentions et pourtant, que serait la vie sans cette flamme dans nos cœurs ? Qui nous réchauffe et nous éclaire, nous anime et nous guide à travers les ténèbres et les obstacles…

Intrépide et espiègle, l’Air correspond à cette part malicieuse que j’aime afficher au quotidien. Il semble se jouer de tout, là-haut dans le ciel. Il nargue les êtres terrestres, vole aux côtés des oiseaux, défie la technologie des hommes. Depuis toujours, je rêve d’aller toujours plus loin, toujours plus haut. Je recherche cette ivresse dans une vie routinière, cette inspiration sacrée, cet élan qui me pousse à croire à nouveau en moi, qui m’incite à me dépasser et à tester de nouvelles choses. Quand il vient me caresser le visage au détour d’une rue, taquiner mes cheveux ou les branches d’un arbre voisin, j’inspire à pleins poumons pour mieux savourer cet instant unique où je ne fais qu’un avec lui.

Et enfin, la Terre… Sous mes pieds, elle sait me rattacher à la réalité. Seule constante dans ma vie, elle me nourrit tous les jours de ses fruits, permettant à mon âme de subsister et à mon corps de se reposer. Elle partage l’horizon avec le ciel, elle est notre mère à tous et reste à nos côtés envers et contre tout. Nous la maltraitons et pourtant elle reste là, bienveillante. Nous n’échappons pas toujours à ses colères et à ses punitions, mais elle sait jouer son rôle et nous rappeler à l’ordre quand il le faut. Elle nous fixe des limites à ne pas dépasser et tant pis pour nous si nous refusons de l’écouter, si nous nous obstinons à les franchir. Tout acte a ses conséquences, même à l’échelle de l’univers…

Quatre Éléments qui tourbillonnent, s’entremêlent, se complètent, nous entourent, nous caressent, se déchaînent pour finalement ne former qu’un seul tout : la Vie.