Je suis Bohème

boheme

Je suis Bohème. Je chante la vie et fais danser les cœurs.

Tout est musique, lumières, séduction, distraction. Mes pieds légers entament un étrange ballet, effleurant à peine l’herbe de la clairière où nous nous sommes installés pour quelques jours ou semaines. Notre séjour dépend entièrement du bon vouloir de l’audience que nous y trouverons. Je virevolte, tourbillonne, les cheveux au vent et le sourire facile. J’ignore les regards vindicatifs des épouses jalouses, les commentaires salaces de leurs hommes. Tout n’est que mélodies à mes oreilles. Bouquets de fleurs improvisés, vêtements aux couleurs composées, jeux espiègles avec les chauds rayons du soleil ou la douce et mystérieuse lueur de la lune.

J’ai moi aussi un cœur qui bat, des aspirations, des désirs, des besoins. Mais je suis là pour le spectacle avant tout, et c’est ce que je fais de mieux. J’oublie un instant les aléas de la vie pour mieux exprimer la grâce et la volupté. Je fais onduler mon corps, gonfle mes jupes, dessine des arabesques avec mes mains, mes bras, enroule mes jambes autour d’un jeune arbre, d’un pilier, d’un lampadaire, pour mieux me déhancher. Tout est prétexte à de nouveaux mouvements, chaque note vient résonner dans ma poitrine comme un second cœur qui bat. J’esquisse, improvise, laisse parler mon corps à défaut de mon âme. Je ne suis que de passage, l’attachement est vain, futile. Je suis les chemins où déambulent les caravanes, je suis les nuits à la belle étoile. Je vois à chaque saison défiler grandes capitales et petits villages, plaines et montagnes, rivières asséchées et torrents furieux, famines et opulences.

Je côtoie la misère et le luxe les plus grands. Je vis dans l’antagonisme, nuance ma voix sur les oxymores d’une octave à l’autre. On m’admire et me méprise à la fois, mais je n’ai guère besoin de jugements pour avancer. Je suis nomade et j’en suis fière. Seuls la Nature et mes compagnons de route m’importent. Ils sont ma vie et les rôles se retrouvent inversés : ils constituent mes points de repère sédentaires, les autres ne sont qu’ombres fugaces. Le temps semble parfois s’arrêter. Je les regarde au milieu d’un pas de danse, j’ai l’impression de voir un essaim d’abeilles. Les villageois s’affairent dans la ruche, bourdonnent à tous les coins de rue, agressent l’étranger, jugent la différence pour préserver leur unité, leur cohésion sociale.

Nous sommes autres. Nous prônons l’individu, exprimons la liberté. Nous sommes comme nous l’avons choisi, pas comme on nous a formatés. Nous exposons nos âmes, nos personnalités, nos croyances sans la moindre gêne, sans la moindre honte. Au gré du vent, aux quatre coins du globe. Nous sommes des artistes éphémères, nous vendons une toile par ci, un croquis par là, pour pouvoir vivre de notre Art et ainsi poursuivre notre route.

Je suis Bohème. Je chante mon cœur et fais danser ma vie.

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