Coup de Foudre

between the ents

Between the Ents © *xMEGALOPOLISx

Notre histoire est banale à souhait, mais je l’aime tant… Nous avons grandi ensemble dans le même quartier. Je venais souvent chez toi ; tu escaladais effrontément la pergola pour accéder en catimini à ma chambre. On parlait des heures, on se murmurait nos secrets, on se confiait à cœur ouvert, on se disait tout, on riait, on pleurait parfois. Mais quoi qu’il pût arriver, nous tenions bon, car nous savions que nous n’étions pas seuls, nous nous avions l’un l’autre.

Tu intimidais les mauvais garçons qui ne cherchaient qu’à me tirer les nattes ou me piquer ma poupée à l’école. Tu écartais les pestes, jalouses de l’attention que tu me portais. Je me sentais tellement bien à tes côtés. Comme si j’étais le plus merveilleux des trésors, moi qui ai toujours tant douté de moi. J’étais protégée. Aimée. Désirée.

Nous avons grandi ensemble et à l’adolescence, je me suis mise à maudire ces autres filles qui osaient poser le regard sur toi. J’avais l’impression d’être dans un de ces ridicules contes de fée, où la princesse embrasse une grenouille qui devient alors le plus séduisant des princes. Sauf que là, les rôles étaient inversés. J’étais le vilain petit canard qui avait tant besoin de toi. Et très vite, l’amitié qui nous liait s’est muée en quelque chose de plus profond, de plus intense, de plus passionné pour moi.

Quand nous étions seuls, je cherchais toujours une bonne excuse pour me rapprocher de toi. Une prétendue peine de cœur, une amitié faussement brisée, une énième dispute avec mes parents, un simple besoin d’affection, un câlin. J’aimais tant me blottir dans tes bras, humer ton parfum, sentir ton cœur battre tout contre mon oreille. De petits instants d’éternité comme je les aimais tant.

Le temps passait et nous devenions plus mâtures, plus proches, plus solidaires que jamais. Nos corps aussi se muaient en quelque chose de différent. Tu me disais jolie, gentille et amusante. Tu me rassurais chaque fois que je doutais. Mais je me souviens encore de ce terrible soir, au café du coin où on avait l’habitude de traîner le samedi. J’aurais dû me douter que ça tournerait mal. Rien que le temps me criait de ne pas commettre cette erreur. De me taire. De me contenter de ton amitié, de ta fraternité. L’orage grondait au-dessus de nos têtes et des éclairs zébraient un ciel aux ténèbres grandissantes. On plaisantait innocemment, puis tu as plongé ton regard dans le mien et mon cœur s’est de nouveau emballé. Et avant que je ne réalise ce que j’étais en train de faire, ces fameux mots ont franchi le seuil de mes lèvres.

« Je t’aime. »

Tu m’as souri avec une tendresse encore inédite, tu as avancé ta main sur la table qui nous séparait pour te saisir de la mienne, et un immense sourire est venu éclairer mes traits. J’étais complètement paniquée et ravie à la fois. Étrange mélange.

« Je t’aime aussi, petite sœur ! Je te lâcherai jamais. »

Petite sœur… C’est donc ainsi que tu me voyais depuis tout ce temps ? Mieux qu’une simple amie, certes, mais je voulais tellement plus. J’ai senti mon cœur sombrer dans ma poitrine et les larmes me monter aux yeux. C’est tellement injuste… Mais comment t’en vouloir ?

Je me dis que notre promiscuité, notre complicité, ont tué notre histoire dans l’œuf. Être trop attachés l’un à l’autre nous a empêchés de faire évoluer notre relation. Nous avions trop à perdre…

J’ai tout gâché…

Je n’arrivais plus à te regarder en face, tu m’as demandé ce qui se passait, si tu avais dit quelque chose de mal sans le vouloir. J’ai secoué la tête, la gorge trop nouée pour prononcer le moindre mot, pour émettre le moindre son.

J’ai tout gâché… Rien ne sera plus jamais comme avant…

Je suis sortie en catastrophe, je me suis précipitée sous la pluie pour mieux me fondre dans l’obscurité de la nuit tombante. Tu m’as couru après. J’entendais tes pas, ta voix paniquée, ton incompréhension, ton inquiétude. Mais rester face à toi et faire comme si tes paroles ne m’avaient pas affectée… C’était au-dessus de mes forces.

Puis tu es tombée amoureux de cette fille. Vous êtes sortis ensemble. Tu l’as invitée au bal de promo. Pas moi. Elle. Vous avez été sacrés roi et reine du lycée. Et moi, dans mon coin, sans cavalier, transparente même à tes yeux. Tu t’es petit à petit éloigné, sans t’en rendre vraiment compte, sans réaliser combien j’allais mal de te voir dans les bras d’une autre. Malade de jalousie. Dévorée par le chagrin.

Tu es parti à plusieurs centaines de kilomètres pour tes études, me laissant loin derrière. Avec juste quelques lettres, de temps en temps. Des SMS, de plus en plus sporadiques.

On dit que l’absence diminue les médiocres passions et augmente les grandes, comme le vent éteint les bougies et allume le feu. Nous n’étions peut-être donc pas tellement faits l’un pour l’autre…

Pourtant, je ne peux avancer. Tous les ans, je me rends dans cette prairie. Sous la frondaison de ces deux arbres auxquels nous nous identifions pour rire. Celui de gauche c’était toi, et moi celui de droite. Nos branches s’entremêlaient à chaque printemps, comme nos doigts se liaient quand nous avions besoin de contact. Ils étaient nous, nous étions eux…

Et leur histoire s’est terminée comme la nôtre, un beau soir d’été.

Un orage, un coup de foudre.
Au sens premier du terme pour eux.

Leurs troncs calcinés me rappellent les tortures que mon cœur m’inflige quand je pense à toi. Quand je pense à nous. Les racines sont là, protégées en terre, à l’abri du temps. Mais elles ne nourrissent plus le cœur et empêchent au final la Nature de reprendre ses droits. Elles m’empêchent de passer à autre chose, de développer des sentiments pour quelqu’un d’autre que toi.

Et toi, tu m’as sûrement déjà oubliée…

Coup de Foudre © Thalyssa Delaunay, 22/07/2012

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